Christophe Laval est Président de VPHR, ancien Directeur Général d‘Entreprise & Personnel, ancien DRH et Directeur Général dans de grandes entreprises, membre du Cercle de l’Humain de
l’Expansion, et auteur de l’ouvrage intitulé « Plaidoyer pour la reconnaissance au travail ».
Danièle LICATA
Journaliste dans un mensuel à vocation économique.
Michel MEUNIER
Dirigeant d'entreprises, futur Président du CJD - Centre des
Jeunes Dirigeants (à partir du 26/06/10). Lire la suite >>
Le 14 Septembre, la première réunion organisée par le groupe « Plaisir au travail » a eu lieu au siège du "Centre des Jeunes
Dirigeants".
Des membres du blog « plaisir au travail » étaient présents : Raphaël Anton, Romain Bourdu,
Stéphane Getten, Christophe Laval, Michel Meunier, Philippe Rodet et Benoît Serain.
Des profils très variés - Dirigeant, DRH, psychologue, journaliste, médecin, étudiant – ont pu débattre
autour de la même table du plaisir au travail. Des pistes intéressantes vont être approfondies et mener prochainement à l’élaboration d’un document.
Dans la revue "Personnel", mensuel de l'ANDRH (Association
Nationale des Directeurs des Ressources Humaines) de juillet 2010, une tribune signée de Benoît Serain et Philippe Rodet intitulée : "Plaisir et Travail : deux notions antagonistes
?"
Nous avons la chance de vivre de plus en plus vieux.
Pour faire face à cet allongement de la durée de vie et équilibrer les comptes des retraites, nous devrons – semble-t-il – travailler
plus longtemps.
Cet effort supplémentaire sera d’autant plus supportable et acceptable que le salarié aura du plaisir à travailler.
Selon une étude publiée récemment*, le plaisir au travail est une priorité pour les séniors. Ils acceptent de travailler plus longtemps
à condition que l’entreprise ait à leur égard toute la reconnaissance qu’ils méritent. Il est important de ne pas sous estimer ce point. La reconnaissance est un des leviers majeurs du plaisir au
travail !
Bien souvent, les séniors sont écartés du système sous prétexte qu’ils sont moins malléables. Mais est-ce un bon calcul ? Toute
l’expertise et les compétences acquises tout au long de la vie professionnelle ont aussi une grande valeur. L’entreprise doit-elle se priver de cette richesse ?
A bénéficier de l'expertise des séniors, tout le monde a à y gagner !
Tout d’abord, le salarié aura plaisir à transmettre son savoir et continuera à s’épanouir sans se soucier du temps de travail qui lui
reste à faire avant le départ à la retraite.
Ensuite, pour l’entreprise, la transmission du savoir a une réelle valeur. Et que dire de l’efficacité du salarié expérimenté, motivé et
bien dans ses baskets…
Correspondant de presse écrite dans deux journaux locaux, la question du plaisir au travail m’intrigue et
m’interroge, sans doute parce que j’aime beaucoup ce que je fais. Je ne peux me résoudre à croire que nous sommes rares dans mon cas. Je suis persuadé que de nombreuses personnes trouvent du
plaisir dans leur activité. J’ai évoqué ce sujet avec Rémy Julienne, le plus célèbre cascadeur du cinéma français. Il a à son actif quelques 1.400 productions et s’est reconverti dans la mise en
scène. A 80 ans sonné, Rémy Julienne ne semble pas pressé de s’arrêter. Car le plaisir est resté intact… - « Rémy, quelle place a occupé le plaisir dans votre vie ?
J'ai lu dans le livre du Dr Philippe Rodet, « Se libérer du stress, un médecin urgentiste raconte », que le plaisir était à la fois un moyen de réussite et de lutte contre le stress. Je l’ai
recherché dans ma jeunesse, avant de devenir cascadeur, lorsque j’effectuais des travaux rébarbatifs. J’étais chauffeur, mais la manutention m’ennuyait et je voulais faire de la moto. Conduire
était une occupation entrant dans mes vues, et j’ai toujours essayé de mettre à profit les heures que je passais au volant pour réfléchir, penser. Parfois je m’arrêtais pour écrire ce que je
trouvais une idée intéressante. Quant à la manutention, elle me permettait de me faire les muscles, ce qui, me disais-je, me servirait plus tard pour le sport et la moto. A ce moment là, j’ai
alors pris du plaisir.
- Que signifie-t-il pour vous ?
Le plaisir est un moyen d’aimer son travail, même s’il est contraignant, car j’ai toujours eu en moi le désir d’aller chercher autre chose. Là était ma motivation, et le plaisir venait. Lorsque
dans un travail contraignant, l’on voit le but final, à quoi va servir ce que l’on fait, on implique le plaisir. En compétition de motocross je voulais toujours être le meilleur.
- Cette soif de progresser vous a amené très loin. De quelle manière ?
A mes débuts dans mon métier, je réalisais des évolutions habiles qui se terminaient par des cascades effectuées par des spécialistes. J’étais curieux de tout et je posais mille questions :
pourquoi dispose-t-on telle caméra ici, plutôt que là ? De quelle manière faut-il filmer une même scène à quelques heures d’intervalles, sans que l’on s’aperçoive que la lumière du jour a changé
? C’est ainsi que je me suis formé à la technique. Cette curiosité chacun peut l’avoir, quelque soit le domaine. Et une curiosité en amène une autre.
- La curiosité est donc pour vous source de plaisir. Comment vous a-t-elle servi à vous reconvertir ?
Dans le cinéma, ma hantise était de me trouver devant le vide en vieillissant. C’est pour cela aussi que j’ai appris la technique de fabrication d’un film. Cet acquis m’a donné un plus
incontestable, par rapport à d’autres cascadeurs, pourtant très talentueux. J’ai ainsi appris à adapter les cascades à l’esprit d’un film, comme par exemple dans la série des Gendarmes, avec
Louis de Funès et Michel Galabru. J’ai appris tout le temps et en cela j’ai pris du plaisir. Et lorsqu’il faut boucler un film, en respectant les délais, le cahier des charges et que la
reconnaissance est au bout, alors croyez moi, le plaisir est immense. »